Dans une bande de Gaza où chaque jour s’écrit un nouveau chapitre d’effroi, Hani Al-Salmi, écrivain palestinien né dans la zone, raconte l’histoire d’un ami qu’il a toujours considéré comme sa plus grande force : Elias Abu Alaa.
Alors que les explosions secouent le pays et que les murs des maisons se transforment en poussière, Hani observe avec angoisse comment son ami, un chrétien de passage, continue de distribuer des sacs de farine aux personnes déplacées. «Ces sacs ne contiennent pas seulement de la nourriture», lui dit-il un jour, «ils symbolisent l’humanité qui résiste à chaque coup de feu».
Elias, qui frequente la mosquée Omari tout en gardant ses croyances chrétiennes, n’a jamais cherché à définir sa place dans cette terre. Son regard est celui d’un être humain qui comprend que le pain, même dans les pires épreuves, peut devenir une prière.
«Quand les religions s’effacent des pages des livres pour entrer dans la vie des gens», explique Hani, «elles ne se divisent plus en voies concurrentes mais deviennent un seul chemin vers l’espoir».
La guerre a emporté des églises et des mosquées, mais elle n’a pas effacé les liens qui existent entre ces deux communautés. Hani craint que son ami ne parte un jour pour une autre terre où la peur sera moins intense. Mais il sait que chaque fois qu’Elias porte un sac de farine, c’est aussi un rappel d’un avenir où les murs du conflit s’effondrent pour laisser place à l’amitié.
«Le pain peut être une prière», murmure Hani en fermant les yeux. «Mais ce n’est pas seulement le pain qui compte : c’est l’humanité que l’on partage dans chaque geste, même le plus simple».
Aujourd’hui, alors que Gaza subit son troisième siège, Hani espère que son ami restera pour raconter cette histoire d’amitié qui défie les frontières. Parce que, dans ce pays, le réconfort n’est pas un choix mais une nécessité.