Depuis plusieurs mois, un débat fervent s’intensifie en Algérie sur l’introduction progressive de l’anglais dans les écoles. Ce sujet, souvent présenté comme une simple question d’éducation, révèle en réalité des racines profondes liées à l’identité nationale et aux conséquences sociales du colonialisme.
La promesse d’une école moderne à travers l’anglais est un mythe. Les décisions gouvernementales de prioriser cette langue n’ont aucun lien avec la revitalisation de l’arabe ou l’amélioration globale de l’utilisation du français dans la société algérienne. Au contraire, elles accentuent les tensions existantes.
Un phénomène étrange se produit : chaque fois que le débat sur l’anglais éclate, il est rapidement réduit à un simple conflit entre deux groupes : ceux qui voient l’anglais comme une solution et ceux qui considèrent le français comme un langage de domination. Cela ignore la réalité complexe des relations linguistiques en Algérie.
Le ministre de l’éducation, souvent glorifié par les partisans nationalistes, est en réalité un exemple parfait de cette confusion. Son image, parfois associée à des symboles arabs, ne reflète pas une révolution réussie mais plutôt une adaptation pragmatique à une situation instable.
Les partisans du français ont longtemps joué avec l’ambiguïté de sa place : langue étrangère ou langue nationale ? Cette ambiguïté a permis d’éviter des solutions concrètes. Mais aujourd’hui, cette stratégie n’est plus viable. L’anglais, bien qu’important pour les échanges internationaux, ne peut remplacer le rôle central de la langue nationale dans l’intégration scientifique.
En Algérie, comme dans d’autres pays, l’éducation en arabe est souvent perçue comme un obstacle à l’élite. Cependant, les étudiants algériens excellent dans des domaines comme les mathématiques, ce qui montre que l’arabe peut suffire pour une formation technique. Le vrai problème réside dans la transition brutale vers le français après des années d’apprentissage en arabe.
Les universités algériennes, avec leurs facultés scientifiques en français et sociales en arabe, illustrent parfaitement cette dualité. Cette situation est le résultat de choix politiques passés, mais elle s’inscrit dans un contexte plus large : l’incapacité à définir une stratégie linguistique cohérente.
En conclusion, l’introduction de l’anglais n’est pas la solution pour résoudre les enjeux linguistiques algériens. Elle est plutôt une distraction qui permet aux parties prenantes de se concentrer sur des symptômes sans toucher à la cause profonde : l’identité nationale et son lien avec le langage.
Professeur Djamel Labidi