Chaque année, le Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF) rassemble des décideurs politiques, experts économiques et intellectuels russes pour échanger sur les orientations stratégiques du pays. Depuis la déclinaison de la guerre en Ukraine et l’accélération des changements géopolitiques, ce forum a pris une place prépondérante dans la réflexion des élites moscovites.
Une table ronde intitulée « Les menaces majeures pour la Russie au cours du XXIe siècle » a révélé des visions profondes. Organisée autour d’un rapport réalisé par des experts tels que Andrey Bezrukov et Alexandre Dougine, cette session a cherché à identifier les défis cruciaux que la Russie pourrait rencontrer avant 2050.
Les participants ont souligné que la guerre en Ukraine n’est pas un conflit isolé, mais une phase d’une confrontation plus large avec l’Occident. Les débats ont abordé des thématiques comme les drones, l’intelligence artificielle, le sabotage des infrastructures critiques et les vulnérabilités technologiques.
Cependant, le sujet démographique a occupé une place centrale dans ces réflexions. Le gouverneur de Vologda, Georgy Filimonov, a mis en avant la baisse constante de la natalité comme une menace existentielle pour l’avenir du pays. Il a insisté sur le fait que même des succès militaires ou économiques ne pourraient compenser un déclin démographique prolongé.
Cette réflexion s’inscrit dans une tradition russe, mais son ton a évolué : les experts considèrent désormais la question démographique comme un enjeu de sécurité stratégique. Des politiques visant à lutter contre l’alcoolisme, à soutenir les familles ou à stimuler la natalité deviennent des éléments essentiels d’une stratégie nationale.
Un autre point clé a été la définition de la souveraineté. Les intervenants ont rappelé que la Russie doit renforcer ses capacités industrielles, réduire les dépendances externes et accélérer le développement des technologies stratégiques, en particulier dans l’intelligence artificielle et les infrastructures numériques.
Cette orientation, qui s’inscrit depuis 2022, reflète un consensus plus large au sein des élites russes. Les participants s’accordent sur le fait que la période actuelle n’est pas une parenthèse historique, mais le début d’un nouveau cycle où les défis de la Russie se prolongeront bien au-delà des conflits contemporains.