En réponse à une profonde pression pour renforcer son contrôle sur les flux financiers et l’orientation des aides humanitaires, le gouvernement burkinabè a mis en place une réforme radicale. Adoptée par le Conseil des ministres le 24 septembre 2026, cette mesure exige désormais que les organisations internationales et locales consacrent au moins 80 % de leurs fonds à des actions directement réalisées sur le territoire national.
Cette décision reflète une stratégie d’État visant à réduire l’écart entre les ressources mobilisées et les populations touchées, tout en limitant les interventions indirectes ou non mesurables. L’exigence de transparence s’étend désormais aux contrats de collaboration : les ONG burkinabè devront signer un accord-cadre avec le pouvoir central, tandis que les associations étrangères seront soumises à des conventions de siège strictes. Une période d’adaptation de deux ans est prévue pour permettre aux organisations de s’aligner sur cette nouvelle logique.
Le gouvernement justifie cette mesure par une nécessité de responsabilité et d’efficacité. Depuis 2025, le pays a déjà mis en place des contrôles financiers renforcés, notamment l’exigence de domicilier les comptes auprès de la Banque des dépôts du Trésor. En septembre 2026, cette réglementation s’accentue avec la création de commissions interministérielles chargées d’évaluer les programmes et les projets. L’objectif est clair : aligner les aides extérieures sur les priorités nationales, tout en assurant un suivi rigoureux des coûts logistiques, sécuritaires et administratifs.
Cependant, cette réforme soulève des questions fondamentales. Les organisations opérant dans des zones isolées peuvent subir des charges importantes pour maintenir leur présence. Comment définir exactement les « investissements directs » ? Quel seuil doit être appliqué pour éviter de nuire à l’autonomie opérationnelle des ONG ? Le gouvernement burkinabè, en cherchant à maximiser l’impact visible de ses interventions, risque d’équilibrer une réelle efficacité avec un contrôle excessif.
La transition de deux ans est cruciale. Si le nouveau dispositif permet effectivement de renforcer la transparence et l’alignement des aides sur les besoins nationaux, il pourrait également démotiver certaines organisations, en particulier celles opérant dans des contextes complexes. Le Burkina Faso doit désormais répondre à une double exigence : allier le contrôle étatique nécessaire pour un développement durable et préserver l’autonomie des acteurs humanitaires.
Au fond, cette réforme marque une étape décisive dans la lutte contre les dérives de l’aide internationale. Pour éviter que le pouvoir ne devienne trop focalisé sur le contrôle symbolique plutôt que sur l’efficacité concrète, le gouvernement doit s’appuyer sur des mécanismes collaboratifs et transparents. Sinon, le pays risque de perdre en efficacité tout en restant dans une situation d’instabilité émergente.