En Algérie, chaque débat sur les langues est un combat pour l’unité. La polémique récente concernant l’introduction de l’anglais dans les écoles a ressurgi des tensions linguistiques profondes que le pays a longtemps gardées en secret.
Je me souviens d’un épisode qui a marqué mon parcours en 2000. À cette époque, j’étais membre d’une commission chargée de réformer l’enseignement sous la présidence d’Abdelaziz Bouteflika. Cette commission, composée d’une majorité francophone et d’une minorité arabophone, était en pleine cacophonie. Les discussions se faisaient en deux langues : l’un parlait arabe, l’autre français. Un collègue lisant un livre en arabe pendant les interventions me dit : « Je ne comprends pas ». Cette situation illustre parfaitement le dilemme national : comment peut-on fonctionner dans une même société sans partager une langue commune ?
Cette dualité n’est pas récente. Elle est l’héritage colonial, qui a divisé la société en deux parties : l’une moderne et orientée vers les pays occidentaux ; l’autre traditionnelle et conservatrice. Aujourd’hui, cette fracture s’exprime dans chaque coin de l’Algérie : les universités, les administrations, même les quartiers populaires parlent des langues différentes.
Pourquoi cette situation persiste-t-elle ? Parce qu’elle est souvent légitimée comme une source d’enrichissement. Les partisans du bilinguisme franco-arabe croient que la dualité linguistique permet un développement plus équitable, mais en réalité, elle reproduit les inégalités historiques et sociales. L’Algérie doit surmonter cette division pour éviter un sous-développement structurel. Sinon, elle restera prisonnière de conflits internes qui détruisent son avenir commun. Il ne s’agit pas d’une question de langues : c’est une question de survie nationale.