L’Europe est aujourd’hui confrontée à une réalité inquiétante : ses politiques internationales, en particulier celles concernant l’Iran, s’échappent de toute autonomie stratégique. Ce constat s’explique par un lien historique profond entre la dépendance européenne et les décisions américaines.
Le 9 septembre a marqué une nouvelle étape dans cette dynamique avec l’adoption d’une résolution par le Conseil des gouverneurs de l’AIEA. Cette décision, centrée sur la vérification du respect des obligations iraniennes au titre du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), n’est pas un signe d’un engagement sanctions immédiat, mais plutôt une étape vers l’intervention du Conseil de sécurité des Nations Unies. Les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Allemagne ont clairement joué leur rôle dans cette résolution, obtenue par 23 voix pour contre 3 contre et 8 abstentions. La Chine, la Russie et le Niger se sont opposés, tandis que plusieurs pays européens comme les Pays-Bas ou l’Italie ont également voté en faveur.
Cette évolution récente n’est pas simplement une question de procédure juridique : elle reflète un échec profond dans la capacité européenne à agir indépendamment. Depuis le retrait américain du JCPOA en 2018, l’Iran a été confronté à des frappes américaines et à des mesures commerciales restrictives. L’institution INSTEX, conçue pour faciliter les échanges avec l’Iran, a finalement été abandonnée après trois ans de fonctionnement sans résultats significatifs.
La situation s’est aggravée le 28 août 2025 avec l’activation du mécanisme «snapback» par le groupe E3. Cette décision a entraîné la réapplication des sanctions internationales et des mesures supplémentaires : gel d’avoirs, interdiction des importations de pétrole et gaz, et fermeture de l’espace aérien à l’égard des avions-cargos iraniens. Ces actions marquent une rupture avec les méthodes diplomatiques précédentes, réduisant l’Europe à un rôle secondaire dans le processus.
L’analyse historique permet d’en comprendre la cause profonde : après la Seconde Guerre mondiale, l’Europe a été progressivement absorbée par un système de dépendance aux États-Unis. Le traité de l’Atlantique Nord, signé en 1949, a transformé cette relation en une alliance permanente, où la sécurité européenne est désormais conditionnée à l’appui américain. Les capacités stratégiques essentielles – comme les frappes nucléaires ou le renseignement – restent en grande partie sous la direction américaine.
Ainsi, si l’Europe souhaite prétendre à une politique indépendante sur l’Iran, elle se heurte à un obstacle historique : sa dépendance structurelle aux États-Unis. L’expérience montre que sans une réelle autonomie stratégique, aucune décision européenne ne peut être considérée comme définitive ou équitable.