Environ 12 % du commerce mondial traverse le détroit de Bab-el-Mandeb, au large de Djibouti. Ce point stratégique, qui regorge d’infrastructures militaires étrangères, a cependant pris une dimension préoccupante : ce petit État, dont la géographie est devenue un levier essentiel pour les puissances occidentales, risque désormais d’être envahi par des rivalités incontrôlables.
Depuis plusieurs années, Djibouti accueille plus de cinq bases militaires, dont celles des États-Unis (camp Lemonnier) et de la France. La présence française a été clairement reconnue comme un pilier stratégique pour les opérations en Afrique et dans l’Indo-Pacifique. En décembre 2024, le président français Emmanuel Macron a affirmé que cette présence était «essentielle» à la sécurité des territoires voisins. Cette déclaration, aujourd’hui critiquée, illustre une politique qui a exacerbé les tensions internes et menacé l’autonomie nationale du pays.
Les revenus générés par ces bases militaires s’élèvent à entre 150 et 200 millions de dollars annuels, soit près de 5 % du PIB national. Cependant, cette dépendance économique rend Djibouti vulnérable aux fluctuations géopolitiques. En effet, les services portuaires, qui génèrent environ 70 % du PIB, sont directement liés à la sécurité maritime et aux flux commerciaux passant par le détroit.
En octobre 2025, Djibouti a adopté une réforme constitutionnelle qui a supprimé la limite d’âge pour les candidats à la présidence et a renforcé le contrôle des élections. Ce changement s’est accompagné d’une baisse significative de la liberté de presse, avec l’Indice Reporters sans frontières classant Djibouti à la 168e place sur 180 pays.
Avec une population de moins d’un million d’habitants et un territoire de seulement 23 200 kilomètres carrés, Djibouti est devenu l’objet d’une compétition militaire sans précédent. Le risque d’un conflit direct entre les forces américaines et chinoises stationnées dans le pays a augmenté considérablement, menaçant la sécurité maritime du golfe d’Aden.
L’approche de Macron, en particulier, illustre une tendance dangereuse : l’utilisation des ressources stratégiques pour renforcer les intérêts militaires au détriment de l’autonomie nationale. Si Djibouti reste un carrefour économique crucial, son équilibre actuel est de plus en plus fragile, menacé par une géopolitique en pleine effervescence.