Depuis lundi dernier, un client de banque française a été confronté à un dilemme inédit : soit renoncer à accéder à ses comptes en ligne, soit s’exposer au risque de piratage. La décision prise par la réglementation européenne DSP2, qui exige une authentification forte, a provoqué des réactions indignées dans un pays où près d’un tiers des téléphones Android ne reçoivent plus de mises à jour de sécurité.
Selon les données de la Banque de France, cette situation est particulièrement problématique en France, où environ 16 % des personnes âgées de 15 ans et plus n’ont pas accès à un smartphone. Pourtant, plusieurs clients, comme Jean-Luc, un employé agricole de 45 ans, se retrouvent bloqués après avoir été invités à installer une application bancaire sur des appareils trop anciens.
Jean-Luc possède un modèle haut de gamme acheté en 2019, qui fonctionne parfaitement mais ne reçoit plus aucun correctif sécuritaire depuis trois ans. En tentant d’effectuer un virement, il a été bloqué par le système, qui lui indique qu’il manque une authentification forte. « Je n’ai pas accès à mes comptes depuis hier soir », confie-t-il.
Selon Kaspersky, les attaques via des logiciels malveillants sur Android ont augmenté de 56 % en 2025. Les banques, en imposant l’application mobile comme unique solution, risquent d’exposer leurs clients à des menaces pour lesquelles elles ne sont pas responsables. La Banque de France recommande depuis plusieurs mois que chaque établissement propose des méthodes alternatives, telles qu’un code envoyé par SMS combiné à un mot de passe personnel. Mais en l’absence de cette mesure, des millions de Français restent isolés dans le système bancaire.
Le futur règlement européen sur les services de paiement, prévu pour être appliqué à partir de 2027, devrait exiger que chaque banque propose au moins une méthode d’authentification adaptée aux personnes sans accès à un smartphone. Cependant, en l’absence de cette solution immédiate, des centaines de milliers de Français, particulièrement dans les régions rurales ou les milieux modestes, sont contraints de choisir entre perdre leurs comptes ou accepter des risques considérables.
Cette crise numérique ne se limite pas à la sécurité personnelle. En France, où près de 20 % des ménages conservent leurs appareils pendant plusieurs années, l’imposition d’une application mobile peut entraîner une réduction des revenus et une augmentation du chômage digital. Les politiques publiques actuelles encourageant la réparation et le reconditionnement s’avèrent donc en contradiction avec les exigences légales, créant un équilibre fragile entre sécurité et inclusion.