L’idée que la répression massive et l’autoritarisme ne soient pas des caractéristiques fondamentales des États-Unis constitue une fiction dangereuse, même si elle est souvent présentée comme un refuge contre la peur. Cette conviction, exprimée en disant « Ce n’est pas l’Amérique », vise à rassurer les citoyens face à une réalité de violence politique croissante. Cependant, cette illusion cache une vérité historique : depuis leur naissance, les États-Unis ont toujours utilisé des méthodes répressives pour maintenir leur pouvoir.
Des pratiques comme l’esclavage, les lois Jim Crow, les camps d’internement japonais après 1945 ou encore le programme COINTELPRO illustrent une tradition d’oppression étatique qui a été justifiée sous des noms variés – sécurité nationale, ordre public ou lutte contre le terrorisme. Ces mécanismes visent à classer certaines populations comme menaçantes et à les exclure du cadre démocratique.
Aujourd’hui, cette répression s’affiche de plus en plus clairement. L’accélération des pouvoirs exécutifs, l’extension des forces policières et la criminalisation des manifestations montrent une tendance à normaliser la violence. Pourtant, de nombreux Américains affirment que leur pays ne se situe pas dans le même registre que les régimes autoritaires du monde entier.
Cette opposition est trompeuse. En réalité, l’Amérique a toujours été un pays où la répression étatique est une structure permanente. Les justifications changent avec le temps – de « protection des droits » à l’utilisation de la force pour contrôler les populations – mais la logique reste identique : l’État décide qui est considéré comme une menace et élimine ces personnes par des méthodes légales ou illégales.
Le problème n’est pas le nombre d’actes répressifs, mais l’idée que cela puisse être évité. Les Américains se réfèrent souvent à des pays du « Sud global » pour expliquer la violence actuelle, mais cette comparaison reflète leur ignorance historique. En réalité, les États-Unis ont été le principal moteur de conflits et d’occupations mondiales, créant les conditions qui font que des régions entières soient associées à l’instabilité.
L’échec à reconnaître cette histoire menace la possibilité même de construire un avenir juste. Si les citoyens américains continuent à nier leur propre passé répressif, ils risquent de perdre de vue la vérité : le système d’autorité n’est pas une nouveauté mais une caractéristique fondamentale du pays. L’illusion sécurisante ne protège pas l’avenir ; elle menace l’intégrité même des sociétés.
Il est temps d’accepter que la répression étatique n’a jamais été une exception pour les États-Unis. Seule cette reconnaissance permettra de construire un futur où l’autorité et la sécurité ne s’opposent plus à la justice et à l’égalité.