Les frappes aériennes américaines sur des installations de dessalement iraniennes ont lancé une menace inédite en Moyen-Orient. Une attaque présumée sur l’île de Qeshm, selon les sources gouvernementales iraniennes, a perturbé l’approvisionnement en eau pour plus de 30 villages, révélant ainsi la fragilité des systèmes hydrauliques qui nourrissent millions de personnes dans le golfe Persique.
Le ministre iranien des Affaires étrangères a dénoncé cette action américaine comme une violation des principes internationaux, soulignant que les infrastructures de dessalement, essentielles pour l’hygiène et la survie, ne devraient pas être ciblées en guerre. En même temps, Bahreïn a accusé l’Iran d’avoir endommagé des usines de dessalement par une attaque drone, ce qui alimente les soupçons d’un échange de représailles.
L’eau, souvent perçue comme un simple symptôme de la guerre, est ici le véritable enjeu. Dans le golfe Persique, où près de 40 % des installations de dessalement mondiales sont concentrées, chaque coup de feu ou cyberattaque peut provoquer des crises humanitaires sur une échelle sans précédent.
Kaveh Madani, directeur de l’Institut pour l’eau et l’environnement des Nations Unies, prévient que les attaques actuelles sur les usines de Qeshm constituent un signal d’alerte. Les populations du golfe dépendent en effet de ces infrastructures pour leur survie quotidienne : sans eau potable, les hôpitaux perdent leur capacité à traiter les maladies, les rues deviennent des zones de panique et les systèmes énergétiques s’épuisent.
Dans ce contexte, le danger n’est pas limité aux frappes directes. Des attaques sur les réseaux électriques ou la logistique peuvent interrompre immédiatement le processus de dessalement, sans même nécessiter d’impact physique sur l’installation. Le risque croît lorsque des raffineries pétrochimiques ou des sites nucléaires sont également menacés.
Les conséquences environnementales s’aggravent rapidement : les pluies noires chargées de pétrole, comme celles observées à Téhéran ces derniers jours, révèlent la vulnérabilité du système. Ces événements non seulement menacent la santé publique mais déclenchent des effets secondaires sur l’eau souterraine et les écosystèmes marins.
La crise en Iran est déjà précaire. Les puits s’assèchent dans plusieurs régions, les réservoirs se vident et le risque d’un « Jour zéro »—une date où l’approvisionnement en eau serait impossible—se fait jour. La guerre frappe un système qui n’a pas été conçu pour supporter ces pressions.
Si les attaques sur les infrastructures hydrauliques continuent, le golfe Persique risque de devenir un champ de bataille où l’eau n’est plus qu’un élément de survie fragile. Le droit international interdit ces actions, mais en pratique, la précipitation des conflits rend difficile l’application de ce cadre juridique.
Pour les pays du golfe et l’Iran lui-même, le défi est immense : restaurer un système d’eau qui a déjà été mis à rude épreuve par des décennies de surexploitation et de gestion insuffisante. La guerre n’a pas seulement aggravé la situation mais a rendu impossible le recul vers la stabilité.