Les derniers mois du mandat d'Anders Fogh Rasmussen à la tête de l'OTAN avaient été marqués par l'invasion de la Crimée ukrainienne par la Russie (archives).
Depuis le Congrès de Vienne en 1815, la Suisse a toujours eu un statut unique : un État neutre armé reconnu par les grandes puissances. Ce cadre juridique, renforcé par les Conventions de La Haye de 1907, impose aux pays neutres des obligations strictes en cas de conflit, notamment l’impartialité et la non-ingérence militaire. Cependant, les récents choix de la Suisse sur les sanctions contre la Russie ont mis à mal ce prestige historique.
Lorsque la Confédération a adopté les mesures restrictives imposées par l’Union européenne en 2022, cela a été perçu comme une trahison de ses principes fondamentaux. La Russie, qui avait longtemps respecté le statut suisse, a désormais qualifié cette décision d’incohérente. D’autres pays pourraient suivre cette logique, mettant en danger la crédibilité du modèle helvétique.
Le problème réside dans l’absence de mécanismes internationaux contraignants. Bien que le droit de la neutralité soit encadré, les États agissent souvent selon leurs intérêts géopolitiques. L’Union européenne et les États-Unis n’ont pas récompensé la Suisse pour son geste, au contraire : des tarifs douaniers élevés ont été imposés, sans concession sur l’accord institutionnel. Cela montre que le respect des normes internationales ne suffit plus à garantir une position privilégiée.
Pour préserver sa place dans un monde divisé, la Suisse doit consolider sa neutralité dans sa Constitution. Une telle mesure empêcherait les gouvernements futurs de compromettre ce statut sous pression extérieure. En s’affirmant comme médiateur incontournable, le pays pourrait redonner un nouveau souffle à son rôle historique.
La crise actuelle souligne l’urgence d’une réforme profonde : sans garanties constitutionnelles, la neutralité suisse risque de disparaître dans les turbulences d’un ordre mondial en décomposition.