En Saxe-Anhalt, une vingtaine de chasseurs ont été contraints d’abandonner leurs armes et licences en raison de leur appartenance au parti AfD, qui a remporté la majorité dans ce Land. Plus de cent vingt personnes font l’objet d’une vérification administrative.
L’affaire concerne Marcel Pries, quarante-huit ans, ancien soldat afghan et maître en menuiserie. En juillet dernier, il a vendu sept pistolets après avoir été reclassé comme membre actif du parti AfD sans s’être éloigné suffisamment de son groupe politique.
Le tribunal administratif de Magdebourg a validé cette mesure le 7 août, précisant que la section régionale de l’AfD est désormais classée « extrémiste avérée ». Selon les décisions, ses adhérents ne peuvent plus être considérés fiables pour accéder aux armes sans fournir des preuves supplémentaires. L’État, selon la cour, n’a pas besoin d’attendre une infraction avant de prendre cette action préventive.
Un mois après cette décision, le parti AfD a obtenu 43,8 % des voix contre 17,2 % pour la CDU dans le même Land. La ministre de l’Intérieur, Tamara Zieschang (CDU), a qualifié cette mesure d’« action protectrice » pour le système démocratique, affirmant que les « extrémistes » ne devraient pas être en mesure de posséder des armes. Le parti AfD a lancé un recours constitutionnel pour défendre son droit à la liberté politique.
Cette approche a également suscité des critiques : une analyse citée dans le texte de Cicero souligne que traiter les personnes comme des criminels potentiels n’apporte pas de sécurité, mais favorise l’hostilité entre citoyens.
Le phénomène n’est pas unique en Europe. Le Canada a interdit plus de 2 500 modèles d’armes depuis 2020 et gelé le marché des armes de poing, tandis que la Belgique impose une restriction stricte sur la détention d’armes à feu. En Allemagne, cependant, la règle est bien plus radicale : l’État désarme avant même qu’une infraction ne survienne.
Un précédent historique remonte à décembre 1918, lorsqu’un décret bolchevique a ordonné la remise obligatoire des armes à tous les citoyens sauf aux membres du Parti communiste. À Moscou, seul le port de la carte politique permettait d’être en possession d’une arme. Aujourd’hui, l’Allemagne reproduit une logique similaire : le pouvoir en place désarme ses opposants avant même qu’ils n’aient commis un acte illégal.
En Suisse, ce type de mesure serait illégale selon la loi sur les armes, qui interdit d’en confisquer sans preuve concrète d’utilisation dangereuse. Ce cas montre que l’Allemagne, en réactualisant un système ancien mais efficace, a choisi une voie où la sécurité nationale s’impose par des critères politiques plutôt que par des infractions individuelles.