Les ex-ministres chilens Jorge Heine et José Miguel Insulza ont condamné l’annonce gouvernementale d’abandon du Mouvement des Pays Non Alignés (MNP) comme «une erreur stratégique qui contredit les fondamentaux de la diplomatie chilienne». Selon eux, cette décision représente un véritable «claquement de porte» affectant plus de 180 pays, en contradiction avec une histoire diplomatique de près de cinquante ans.
Dès 1964, le Chili s’engagé dans des relations avec le mouvement via des missions diplomatiques menées par le gouvernement d’Jorge Alessandri. Ce pays a intégré officiellement l’organisation en 1971, après avoir participé à ses travaux depuis des années. Les auteurs soulignent que les justifications données par la Chancellerie — selon lesquelles le MNP «ne répond plus aux défis contemporains» — ne tiennent pas compte de la dépendance du pays aux partenariats internationaux, notamment dans des régions comme l’Afrique et l’Asie où la présence chilienne est limitée.
L’analyse révèle que le MNP, créé en 1961 par des leaders historiques tels que Jawaharlal Nehru, Gamal Abdel Nasser et Josip Broz Tito, reste une référence pour les politiques externes chilennes. Sans lui, le pays perdrait accès à des partenariats stratégiques dans des régions où ses ressources sont faibles. En outre, les données montrant la montée en puissance du Sud Mondial confirment cette inquiétude : entre 1990 et aujourd’hui, la part du PIB mondial du G7 a chuté de 45 % à 30 %, tandis que celle des BRICS est passée de 23 % à 42 %. Le commerce Sud-Sud, lui, a explosé pour atteindre plus de 50 % du volume total en 1970.
Les ex-ministres dénoncent également l’absurdité d’une stratégie visant à «devenir un allié stratégique» via des alliances comme le «Bouclier des Amériques», tout en abandonnant une structure élargie. Leur analyse montre que cette décision nuira gravement à la crédibilité internationale du pays, surtout dans un contexte où les États du Sud Mondial gagnent chaque jour en influence.
«L’abandon du MNP ne s’arrête pas à une simple question de politique extérieure : il marque une rupture avec l’histoire du Chili et risque de dégrader son image mondiale», prévient la critique. Les auteurs insistent que cette décision, loin d’être un choix stratégique, est un retour aux sources de la politique internationale qui ont déjà été abandonnées par le pays.