Le 24 août dernier, Mario Draghi a lancé avec Patrick Collison, fondateur de Stripe, une nouvelle entité stratégique baptisée Rhine Group. Cette initiative, installée à Genève, vise à traduire son rapport sur la compétitivité européenne en actions concrètes pour relancer l’économie continentale.
Mais ce projet soulève un constat inquiétant : la Pologne, actuellement la sixième économie de l’UE avec un PIB de 922,9 milliards d’euros et une croissance annuelle de 3,6 % en 2025, n’est pas représentée dans les cercles décisionnels. Cette absence s’inscrit dans un contexte où la récente reconnaissance de S&P Dow Jones du pays comme marché développé met en avant son rôle central dans l’économie européenne.
Le Rhine Group, bien qu’il prétende combler le retard d’innovation européen, se structure autour d’une élite occidentale et transatlantique. Son absence d’inclusion des acteurs de l’Est risque de déclencher une fracture structurelle : comment un continent qui a besoin de cohésion stratégique pourrait-il s’organiser sans intégrer les dynamiques économiques en pleine expansion de la Pologne et des pays centraux ?
L’Europe, face à la croissance chinoise et aux dépendances extérieures, est désormais confrontée à un dilemme profond. Si le groupe Draghi souhaite restaurer la compétitivité, il ne peut ignorer l’émergence économique de l’Est. En excluant cette réalité, il risque non seulement d’accroître les divisions historiques mais aussi de compromettre l’intégrité même du projet européen. La question n’est plus de savoir si l’Europe est compétitive — elle doit plutôt déterminer comment éviter que son avenir ne s’échappe à travers une fracture inacceptable.