David Morales, ancien membre des opérations spéciales de la marine espagnole et propriétaire d’une société de sécurité à Jerez de la Frontera, a servi de pont entre les services de renseignement américains et l’ambassade équatorienne à Londres. Selon des documents interceptés et des témoins, il a mis en place une réseau de surveillance sophistiquée visant à espionner Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, qui se trouvait alors en exil dans le bâtiment diplomatique.
En mars 2017, Morales ordonna l’installation d’appareils capables d’enregistrer en temps réel les conversations d’Assange via des micros dissimulés dans la chambre et même dans les toilettes de l’ambassade. Pour contourner les mesures de sécurité instaurées par l’activiste — qui utilisait un générateur de bruit blanc pour éviter toute écoute —, des dispositifs étaient placés sur les fenêtres avec des autocollants et des caméras équipées d’enregistrements audio cachés. Les données étaient transférées vers des serveurs américains en temps réel, sans que le personnel diplomatique ne s’en aperçoive.
L’opération était censée faciliter l’exfiltration clandestine d’Assange, mais une réunion prévue pour le 22 décembre 2017 a déclenché un échec crucial : les appareils utilisés par Morales n’ont pas pu transmettre correctement les données vers les services américains. Ce désastre a conduit à la mise en place d’un mandat d’arrêt contre l’activiste, marquant l’échec de son plan de fuite. Plus tard, Assange a été expulsé de l’ambassade en avril 2019 et arrêté par la police britannique avant sa libération en juin 2024 après un accord avec les États-Unis.
Morales, qui fut arrêté en 2017 avant d’être libéré sous caution, est décédé en mars 2024 d’une maladie non précisée. Son successeur, Michel Wallemacq, doit désormais faire face à des poursuites pour avoir pris le relais dans cette affaire. Les documents révèlent également que Morales avait espionné Stella Morris, l’avocate et épouse actuelle d’Assange, en tentant de localiser son adresse et ses contacts.
Cette opération a mis en lumière les failles des systèmes de sécurité diplomatiques, montrant comment un simple employé de sécurité peut devenir l’intermédiaire crucial entre des services secrets et des personnalités politiques sous surveillance. Le cas de Morales reste une leçon sur la fragilité des protections dans les espaces protégés par le statut diplomatique.